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26 février 2019 2 26 /02 /février /2019 15:38


تضامنا مع حق الشعب السوداني في الحرية والديمقراطية والعدالة

25 فيفري 2019

تدعو المنظمات والشخصيات الممضية أدناه المجتمع الدولي وهيئاته للتحقيق في سقوط عشرات القتلى والجرحى نتيجة إطلاق قوات الأمن السودانية النار على المتظاهرين المنددين بغلاء الأسعار والمطالبين بالحرية وبرحيل الرئيس السوداني ، عمر البشير، الموجود على رأس السلطة منذ الانقلاب العسكري سنة 1989، والصادرة في حقه بطاقة جلب لدى محكمة الجنايات الدولية بتهم تتعلق بجرائم حرب ضد الإنسانية والإبادة الجماعية،

  كما تطالب المنظمات والشخصيات السلطات السودانية بالكف عن تعذيب المعتقلين وتهديدهم وتدعو الى إطلاق سراحهم دون قيد أو شرط ، وسن عفو عام في حق المعارضين، الملاحقين والفارين خارج السودان من المحاكمات الجائرة التي تحركها السلطة في غياب تام لقضاء مستقل ،

إلى ذلك ، يناشد الممضون أسفله كل المنظمات الحقوقية والقوى المحبة للسلام في المنطقة العربية والإفريقية وفي العالم للوقوف الى جانب الشعب السوداني المطالب بالحرية والديمقراطية والعدالة.

للتذكير فان مظاهرات انطلقت في أواخر السنة الماضية من مدينة عطربة لتعم جل المدن السودانية رافعة شعارات  ضد غلاء الأسعار وتردي الأوضاع الاجتماعية بسبب غلاء الخبز وندرة المواد الأساسية واستفحال مظاهر الرشوة والمحسوبية والو لاءات التي تفرضها السلطة الحاكمة، وتطورت المظاهرات لترفع شعارات منددة بتعسف السلطة ومطالبة بإنهاء سيطرة الحزب الحاكم ونظام البشير،

ولم تكتف السلطات السودانية باستعمال العنف والرصاص الحي لتفريق المتظاهرين، وإصدار بطاقات الجلب ومداهمة منازل بعض القيادات المعارضة وحتى اختطافهم ، بل التجأت الى التشويش على مواقع التواصل الاجتماعي و قطع الانترنت وأعلنت حالة الطوارئ في عديد المناطق وأغلقت عديد المدارس والكليات في محاولة لوقف المظاهرات.

 

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26 février 2019 2 26 /02 /février /2019 15:34

Antisionisme : pourquoi Emmanuel Macron louvoie

Publié le : 26 février 2019

Libertés menacées, lois déjà existantes, rôle joué par les dirigeants israéliens... Tout aurait dû inciter le président français Emmanuel Macron à plus de clarté le 20 février dernier, lorsqu’il a annoncé une modification de la définition de l’antisémitisme pour y inclure une partie de l’antisionisme.

« Cher Bibi » : c’est ainsi que le président de la République accueille – pour la première fois – le Premier ministre israélien, le 16 juillet 2017, pour la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv. Et, à la fin de son discours, il affirme : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. »

Le 20 février 2019, le même Emmanuel Macron déclare : « Je ne pense pas que pénaliser l’antisionisme soit une solution. » Il n’en annonce pas moins, le soir même, au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), l’adoption de la définition de l’antisémitisme rédigée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), qui fait allusion à l’antisionisme.

La liberté d’opinion et d’expression menacées

Tout, pourtant, aurait dû l’inciter à plus de clarté. D’abord, la grossièreté de la provocation à l’origine de cette affaire. Le 16 février, une poignée de « gilets jaunes » agresse verbalement Alain Finkielkraut, et leurs insultes, antisémites, se présentent comme antisionistes. Le lendemain, tandis que les idiots utiles pinaillent pour savoir s’il s’agit bien d’antisémitisme, la machine médiatique se met en marche. Et, le surlendemain, un groupe de députés propose d’adopter une loi criminalisant l’antisionisme. La ficelle est quand même énorme.

CETTE OPÉRATION RISQUE D’INTRODUIRE UN DÉLIT D’OPINION QUI N’EXISTE PLUS DEPUIS LA GUERRE 

Ensuite, ­l’extrême gravité de cette opération, qui menace en fait la liberté d’opinion et d’expression. Car elle risque d’introduire un délit d’opinion qui n’existe plus depuis la guerre d’Algérie. À l’époque, la censure intervenait, par exemple, tous les soirs dans les rédactions pour retirer directement des journaux ce qui ne convenait pas au pouvoir et à l’armée. À l’origine de cette proposition, Francis Kalifat, le président du Crif, rêverait-il d’un système totalitaire ?

Enfin, les lois antiracistes existantes sont plus que suffisantes pour poursuivre et condamner la propagande et les violences antisémites : la dimension antiraciste de la loi de 1881, la loi antiraciste de 1972, la loi antinégationniste de 1990, sans parler du Code pénal. Faut-il des textes supplémentaires ? Les légistes sont unanimes à répondre par la négative. La vraie question, c’est de savoir comment utiliser l’arsenal existant, la répression des menées racistes complétant le combat politique indispensable contre elles.

Israël en quête d’alliés

Reste la toile de fond : le rôle joué par les dirigeants israéliens. Même après le rejet du projet de loi par Emmanuel Macron, l’ambassade de Tel-Aviv à Paris s’est permis, contre tous les usages diplomatiques, de publier un communiqué insistant ! Pour comprendre cette arrogance, il faut revenir à la radicalisation de la droite et de l’extrême droite israéliennes depuis qu’elles sont seules au pouvoir, après les élections de 2015.

C’est une véritable fuite en avant : avec la loi « État-nation du peuple juif », qui réserve le droit à l’autodétermination aux seuls citoyens juifs, officialisant ainsi un système d’apartheid ; avec la loi de « régularisation », qui permet l’annexion de tout ou partie de la Cisjordanie, enterrant du même coup la solution à deux États ; avec la quinzaine de lois répressives votées récemment par la Knesset qui remettent en question les libertés des Israéliens, arabes et juifs ; avec les alliés que Benyamin Netanyahou se choisit : tous les nationalistes, populistes et néofascistes d’Europe et d’ailleurs. Et qu’importe qu’ils soient antisémites, du moment qu’ils soutiennent Israël et bloquent toute pression sur lui !

Qu’en pensent les Israéliens ? On le saura le 9 avril, au terme des élections législatives. En revanche, il est clair que l’opinion internationale porte un jugement sévère sur cette politique aventuriste. En France, par exemple, selon l’Ifop, 57 % des Français ont « une mauvaise image d’Israël », 69 % « une mauvaise image du sionisme » et 71 % estiment que « Tel-Aviv porte les principales responsabilités » dans l’impasse des négociations.

PUISSE EMMANUEL MACRON FAIRE ENFIN PREUVE DE COURAGE POUR RAMENER LES INCONDITIONNELS D’ISRAËL À LA RAISON !

Benyamin Netanyahou et ses amis français souhaitent donc faire taire ces voix critiques. C’était le but de leur tentative de criminalisation de la campagne BDS (boycottage, désinvestissement et sanctions). Celle-ci ayant partiellement avorté, ils ont avancé une nouvelle proposition : l’interdiction de l’antisionisme. Puisse Emmanuel Macron faire enfin preuve de courage pour ramener les inconditionnels d’Israël à la raison ! Car il en va aussi de l’efficacité du combat contre l’antisémitisme et le racisme, auquel ces opérations politiciennes portent une atteinte durable.

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26 février 2019 2 26 /02 /février /2019 15:30
Fabienne Lauret : « Une organisation pour se défendre au quotidien »
mercredi 13 février 2019 
par  Ballast 
popularité : 15%
 

Fabienne Lauret n’a pas 20 ans lorsqu’elle plonge dans la politique en Mai 68 : elle gravite autour puis milite dans des groupes révolutionnaires. Au début des années 1970, elle intègre l’atelier couture de l’usine Renault, à Flins, devenant ainsi ouvrière-établie — la pratique de « l’établissement » était alors promue par les organisations d’influence maoïste, qui incitaient les intellectuels, militants et étudiants à se faire embaucher comme ouvriers pour partager la condition de la classe ouvrière. Syndicaliste à la CFDT (qui, à l’époque, n’avait pas peur du mot « autogestion »), elle doit se battre à la fois comme ouvrière et féministe — le sexisme sévit au quotidien dans l’usine. Aujourd’hui retraitée, l’adhérente à Solidaires et au NPA qu’elle est raconte son parcours, les conditions de travail et de lutte dans un livre intitulé L’Envers de Flins — Une féministe révolutionnaire à l’atelier.

Vous parlez du problème de transmission de la mémoire sur l’histoire du syndicat, sur la façon dont se sont construites les luttes et les grèves… Écrire ce livre, était-ce une façon de « faire votre part » ?

C’est l’objectif principal : la transmission. Mais aussi de faire apparaître des choses qui ont été occultées, comme la question féministe, les violences faites aux femmes dans les entreprises, le racisme. C’est important de raconter l’histoire de ces grosses entreprises. Mon livre est personnel mais aussi générique : les gens sont contents et se retrouvent dans le récit, parce qu’ils l’ont vécu. Il y a peut-être là quelque chose d’universel.

Pouvez-vous revenir sur vos premiers engagements, avant votre entrée à Renault ?

« Les CRS ont affronté les ouvriers et les étudiants et il y a eu un gros drame : un jeune lycéen, Gilles Tautin, est mort dans la Seine, noyé. »

Tout a commencé en Mai 68, où j’ai découvert les engagements révolutionnaires, la politique — le féminisme est arrivé peu après, en 1969-70. J’allais avoir 18 ans en juin 1968, j’étais en couple, le lycée (Henri IV) de mon compagnon avait été occupé et moi j’étais au lycée Hélène Boucher (dans le XXe), très strict. Avec d’autres copines, on a voulu s’engager dans le mouvement : on a fait des assemblées générales, des commissions, mais la direction a vite fermé le lycée. Mes amies se sont évaporées et je me suis retrouvée au Quartier latin avec mon copain, entre la Sorbonne, les manifs, le lycée Henri IV et toutes les occupations. On était assez attirés par les groupes révolutionnaires, notamment la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR) — l’ancêtre de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Il y avait beaucoup de meetings et d’assemblées générales, on aimait bien écouter les dirigeants de la JCR parler : Daniel Bensaïd, Henri Weber, Isaac Joshua, Henri Maler… On était assez impressionnés. On aimait bien leurs analyses, on avait besoin de savoir et de comprendre ce qu’il se passait. Tous les jours il y avait des débats, des commissions, des actions, des manifs. Puis il y a eu la grève générale à partir du 13 mai, la grosse manif où les syndicats ont soutenu les étudiants qui avaient été réprimés et emprisonnés. Début juin, à Renault Flins, les CRS ont affronté les ouvriers et les étudiants — qui avaient été appelés pour les soutenir — et il y a eu un gros drame : un jeune lycéen, Gilles Tautin, est mort dans la Seine, noyé. On ne sait pas s’il a été poussé par un CRS ; c’était une mort « accidentelle », mais qui était quand même due à la violence policière. On s’intéressait aussi à ce qu’il se passait dans les usines : mon compagnon était allé à Billancourt, où les étudiants voulaient soutenir les ouvriers. Mais ils se sont fait jeter donc il était un peu échaudé. Puis tout a repris à la suite des accords de Grenelle, et une partie des syndicats ont fait reprendre le travail dès la mi-juin.

Vous avez même adhéré à la JCR !

On a adhéré à la JCR du comité du Ve et VIe arrondissement le 12 juin, oui, jour où de Gaulle a dissous toutes les organisations révolutionnaires lors de la deuxième phase plus tendue et d’un relatif recul du mouvement. À la rentrée de septembre, on a participé aux Comités d’action lycéens (CAL) et aux comités d’action de quartiers. Dans cette organisation révolutionnaire, il y avait déjà des débats qui ont suscité des fractions. J’étais plutôt attirée par une tendance plus ouverte, beaucoup plus large, plus unitaire. La grosse divergence concernait l’Union soviétique : mon organisation, Révolution !, trouvait que ce n’était plus un État ouvrier socialiste mais un État bourgeois. Plus tard, les JCR se sont transformées en la Ligue communiste pour devenir un vrai parti, pas seulement une organisation de jeunesse. Il y a eu une scission, des divergences — qui maintenant semblent un peu dépassées — sur des questions d’analyse politique internationale et sur les pratiques concrètes. Après 1968, le mouvement ne s’est pas arrêté, il y a eu une sorte de traînée de poudre qui a duré près de 10 ans : il y avait des grèves, et les mouvements des immigrés, des femmes et des écologistes ont commencé à prendre de l’ampleur. C’était l’époque de Lip (en 1973), du Larzac, des paysans qui se révoltaient.

Renault Flins, Mai 68 (DR)

Quels ont été vos premiers pas dans le mouvement féministe ?

En 1969, je devais passer mon bac, mais très vite la direction du lycée a appris que j’étais en couple. Elle était très sévère : il ne fallait pas être avec les garçons, ne pas parler avec eux (il y avait peu de lycées mixtes), on devait porter des blouses, ne pas mettre de talons, de pantalons, ne pas se maquiller — il y avait beaucoup d’interdits. La direction m’a dit d’aller réviser mon bac à la maison. J’ai eu mon bac littéraire en 1969, j’ai fait une année de fac en philo et une autre en histoire, mais je n’ai pas obtenu grand-chose car je militais tout le temps. Le mouvement féministe s’est développé notamment avec des assemblées générales aux Beaux-Arts en 1970, où j’allais souvent. En 1968, les femmes étaient très présentes mais n’étaient pas leaders, elles n’étaient pas en tête de manifs, ce n’était pas elles qu’on interviewait, qui prenaient la parole dans les meetings. Il y a eu cette prise de conscience sur laquelle des revendications de liberté se sont greffées ; ça a bousculé les choses dans mon organisation et dans les couples, dont le mien. On passait aussi notre temps à militer soit dans les CAL, les facs ou les comités d’action de quartier, les comités Vietnam.

Comment êtes-vous entrée à Renault Flins, du coup ?

« En 1968 les femmes étaient très présentes mais n’étaient pas leaders, elles n’étaient pas en tête de manifs, ce n’était pas elles qu’on interviewait, qui prenaient la parole dans les meetings. »

En 1968, on avait été impressionnés par ce qu’il se passait à Flins. C’était une usine moins tenue par les syndicats qu’à Billancourt. La CGT et la CFDT étaient presque à égalité, et il y avait eu des affrontements violents puisque les CRS avaient viré les grévistes qui occupaient l’usine — qu’ils ont reprise après. Dans mon organisation Révolution ! — qui s’est transformée en Organisation communiste des travailleurs (OCT) —, certains disaient qu’il fallait aller dans les entreprises. Il y avait peu d’ouvriers dans l’organisation et on n’allait pas attendre 20 ans avant de recruter des gens ! Alors il fallait y aller. Mon compagnon m’a proposé de nous établir à Flins dans les Yvelines. J’ai été d’accord et mes parents ne m’ont rien dit, si ce n’est « C’est ton choix ». On a réalisé que cette usine de 10 000 travailleurs, essentiellement français en 1968, avait changé en 1970. Avec le boom des ventes de voitures, Renault avait doublé en deux ans cet effectif par la mise en place des horaires en 2 x 8 [1] et par l’embauche massive de nouveaux salariées venant d’Afrique du Nord : des Maghrébins — des Marocains peu alphabétisés en majorité, des Algériens, des Tunisiens — puis des Sénégalais et des Maliens. Il y a eu jusqu’à 50 nationalités différentes à Flins. Pour intégrer l’usine, il nous fallait d’abord nous construire un passé ouvrier. On s’est donc fait embaucher dans différentes usines alentour puis je suis rentrée le 3 mai 1972 à Renault Flins. On était tout un groupe d’établis dans le coin (dans d’autres usines, dans les quartiers, l’habitat), dont quatre à Renault Flins.

Quels enjeux féministes spécifiques au monde du travail sont alors apparus à vos yeux ?

Les spécificités, on ne les voit pas tout de suite : il faut s’adapter et regarder. La particularité des usines de l’automobile, c’est qu’il y a très peu de femmes (environ 10 %). Les ouvrières majoritaires sur les 2 400 femmes étaient surtout concentrées à l’atelier de couture des sièges : on était environ 550 femmes, un tiers en horaire normal et deux tiers en 2 x 8. On nous donne un métier dit « féminin » (mécanicienne en couture), les chefs sont des hommes et on est traitées comme des gamines. Le premier fait sexiste que j’ai remarqué à l’usine, c’est lors de la fête des Mères : les mères ont reçu du CE [Comité d’entreprise], géré alors par la CGT, un tablier de cuisine et une manique pour servir les plats. Même si j’étais choquée, je n’ai trop rien dit ; c’était mon premier mois de travail. Mais notre organisation a fait un tract humoristique contre la CGT sur la façon dont ils traitaient les femmes : « Voyez comme ils vous considèrent, comme si vous étiez là pour servir à la maison, pour être la boniche ! » ; ça a eu son petit effet… L’année d’après, ils ont offert une potiche ! C’était une symbolisation du machisme, donc on a recommencé. Quelque temps après je me suis rendu compte que l’atelier de la couture était appelé le « parc à moules » par les hommes, c’était assez dévalorisant. L’atelier était en plus très excentré. J’ai posé plusieurs fois la question de cette localisation, comme s’il fallait protéger les hommes des femmes ou les femmes des hommes. Cela n’était même pas pratique techniquement, car on cousait les housses au deuxième étage, lesquelles étaient redescendues au rez-de-chaussée pour être mises sur les sièges, et ensuite remontées au premier étage en chaîne sellerie. On n’a jamais vraiment su pourquoi…

Renault Flins, années 1960 (DR)

Vous pointez ces horaires décalés en 2 x 8 comme des conditions propices à renforcer la double journée de travail exercée par les femmes : dans quel sens ?

La vie quotidienne rend beaucoup compte de la vie au travail. Il y a une interaction entre ce qui se fait à la maison et la vie à l’usine. Quand on est d’équipe du matin, on rentre assez tôt l’après-midi et les femmes — souvent mariées — font le ménage, les courses, le repassage, s’occupent des gamins. Ce n’était pas le cas pour les hommes. Par contre, pour la garde des enfants, il y avait plus souvent un partage. Quand mari et femme travaillaient à Renault en 2 x 8, c’était souvent en alterné. Ils se voyaient très peu, mais les enfants n’allaient pas en garderie, ça faisait des économies et les parents s’occupaient d’eux.

Vous avez participé à la construction d’un Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) à Flins…

Dès 1973, le mouvement féministe voulait une nouvelle loi qui décriminaliserait l’avortement interdit par la loi de 1920. On a obtenu la loi Veil en 1975 mais elle n’était pas parfaite, parce qu’il fallait que l’avortement soit aussi remboursé comme un acte médical. On avait des contacts avec des médecins de la région qui pratiquaient l’avortement de manière clandestine mais sécurisée. J’ai été sollicitée plusieurs fois dans mon atelier par des femmes qui voulaient avorter. Le dirigeant historique de la CFDT de Flins, Paul Rousselin, est parti momentanément quand on a créé un comité MLAC local avec la CFDT, car il le refusait personnellement, étant un catholique de gauche [2].

En 1983, vous avez rejoint le CE, au sein duquel vous avez travaillé pendant plusieurs années : quelles pratiques avez-vous tenté de mettre en œuvre ?

« On démonte toute une structure de la société quand on dénonce le machisme. »

J’en avais un peu marre de la couture (qui allait aussi disparaître), je voulais changer de métier. La CFDT a gagné les élections au CE et on m’a proposé un poste car il y avait besoin de renforcer les effectifs (la CGT était précédemment hégémonique au CE). Ils m’ont embauchée à la discothèque. Je n’y connaissais pas grand-chose mais je me suis assez vite formée ! Je suis finalement devenue discothécaire-bibliothécaire et animatrice culturelle. La CFDT voulait changer plein de choses. On a créé une médiathèque, fait des animations culturelles — notamment autour des droits des femmes —, organisé des rencontres, des enquêtes sur la double journée de travail des femmes, des spectacles d’humour féministe, des expositions. On a essayé de transformer la fête des Mères — c’est difficile de la supprimer car elle est très ancrée dans les entreprises. On a voulu faire passer des idées et changer les cadeaux pour ne pas renvoyer les femmes uniquement à leur rôle ménager. Pour nous, la culture est était un moyen d’émancipation. La gestion CFDT a duré 10 ans, puis FO est devenu majoritaire et ils ont tout remis comme avant. Maintenant, la plupart des CE sont devenus de vraies boutiques qui redistribuent l’argent et font la même chose que les expos de produits dans les grandes surfaces. C’est devenu très consumériste… Alors qu’à la base ça devait être un moyen d’éducation populaire et culturelle. C’est à ce poste que j’ai subi du harcèlement moral et anti-syndical de la part de FO, patron du CE, allant jusqu’à la mise à pied ! Une gestion par les syndicats peut être dangereuse s’il n’y pas de contrôle des salarié·e·s. Aujourd’hui, le harcèlement moral est devenu une technique de management pour se débarrasser de certaines personnes et réduire les effectifs.

Vous consacrez d’ailleurs tout un chapitre au harcèlement sexuel sur le lieu de travail. Quel rôle doivent jouer les syndicats dans ce combat ?

Je me suis rendu compte assez tard de ce problème, ça n’était pas si visible que ça. Avec le mouvement MeToo, ça a ressurgi : il y a beaucoup de témoignages mais, au final, peu de femmes vont devant les tribunaux. Ce sont des combats qui touchent à l’intime, ce n’est pas pareil que de se battre pour une augmentation de salaire. On démonte toute une structure de la société quand on dénonce le machisme. Ça n’est pas plus facile aujourd’hui, il y a des retours de bâtons, des machos qui s’organisent, mais je ne désespère pas. Il faut continuer à dénoncer. Il faut une prise de conscience via une éducation syndicale faite auprès des hommes et des subventions pour les associations de soutien aux femmes. Suite à un cas de harcèlement sexuel assez grave en 1999, avec notre commission femmes CFDT de l’usine nous avons organisé un stage avec des délégués hommes de la CFDT et de l’Association contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT). Ils ne s’en rendaient même pas compte, ils étaient époustouflés de voir ce qu’il se passait. Ça a été super, il y a eu un progrès énorme. Mais après, c’est retombé : si on ne maintient pas l’éducation et le travail sur ces points, on retombe dans le quotidien. Ça meurt, ça s’enfouit et ça s’oublie. Les violences sexuelles ont lieu en entreprise mais aussi à la maison. Tout part de l’éducation, car c’est un mal qui se transmet. Peu de femmes peuvent agir, car elles ne sont pas assez soutenues. C’est le rôle des syndicats, qui commencent à le prendre en compte, mais ce n’est toujours pas une priorité alors même que cela fait partie des conditions de travail ! C’est pour ça que le mouvement féministe doit exister, se renforcer et être autonome, non dépendant des partis et des syndicats. C’est important que les femmes s’organisent elles-mêmes. L’AVFT est la seule association dans ce domaine, elle est donc submergée de boulot. Ses subventions ont été baissées de moitié et il y a de moins en moins de Planning familial dans les villes…

Renault Flins, 1975 (DR)

Sans l’avoir vécu directement, vous avez été témoin du racisme, très présent à l’usine. Il n’y avait donc pas d’unité des travailleurs, comme on peut parfois le croire, ou plutôt en rêver ?

L’unité des travailleurs n’existe pas en tant que telle quand chacun est à son poste de travail : elle existe quand il y a des luttes. Très vite, les immigrés se sont révoltés et j’ai participé à une des premières grèves des travailleurs immigrés en chaîne, en avril 1973. J’étais la seule femme alors qu’on était toutes concernées : les ouvriers demandaient des augmentations de salaire, la baisse des cadences, et les femmes de la couture le demandaient aussi. Ce jour-là, elles ne sont pas sorties en grève ; moi, c’était ma première grève. Quand je suis revenue, ça a été la douche froide. J’entendais des bruits circuler, j’étais celle qui fricotait avec les étrangers. Il y avait assez souvent des paroles racistes de la part des femmes : comme quoi les immigrés n’étaient pas comme nous, qu’ils étaient dangereux… À partir du moment où j’ai fait cette grève en 1973, j’ai été sollicitée par les syndicats pour être déléguée. Il n’y avait pas beaucoup de femmes : quelques-unes à la CGT et aucune à la CFDT. Grâce à mon mandat syndical, j’ai pu me déplacer dans l’usine et davantage me rendre compte du racisme. Les ouvriers se plaignaient du racisme des chefs, il y avait eu des affrontements avec la maîtrise à ce sujet. Il y a aussi eu l’histoire des « rayures » racistes : les syndicats ont voulu présenter des ouvriers immigrés combatifs aux élections, mais tous les candidats avec un nom à consonance étrangère — maghrébins, sénégalais, portugais — ont été rayés et n’ont donc pas été élus. On a demandé l’annulation des élections et il y en a eu de nouvelles. Mais il a fallu attendre les années 1980 pour avoir une loi permettant de ne valider les rayures sur les listes électorales dans les entreprises qu’au-delà de 15 % de votants. En 1973, ça n’était pas le cas à Flins ; 400 ou 500 rayures avaient suffi. C’était le fait de certains cadres et peut-être aussi d’ouvriers professionnels enrôlés dans un comité de défense de Renault sur le mode des comités de défense de la République — des officines assez fascisantes.

Vous avez une fois affirmé que vous étiez rentrée à Renault Flins en tant que « révolutionnaire qui voulait être dans le syndicat » et que vous êtes devenue « syndicaliste révolutionnaire » : qu’entendez-vous par là ?

« Ce n’est pas le syndicat qui fera la révolution. Mais le syndicalisme est indispensable dans les entreprises. »

Les révolutionnaires de l’époque n’étaient pas très à l’aise avec les syndicats. Pour Révolution !, le syndicat était un outil d’organisation de la classe ouvrière, une tribune importante pour nous. Quand on est rentrés à la CFDT, tout le monde savait qui on était. À la CGT ça n’a pas été dit : c’était plus compliqué car le Parti communiste était encore assez hégémonique, donc un adhérent d’une organisation révolutionnaire se faisait expulser ou n’était pas représenté les années suivantes. On est rentrés à Renault en tant que révolutionnaires parce qu’en 68 ça avait échoué : on avait remué beaucoup de choses mais pas pris le pouvoir. On pensait que Mai 68 était une répétition générale, qu’il fallait attendre pour construire un vrai parti implanté dans la classe ouvrière, qui pourrait diriger la lutte pour faire la révolution. On a assez vite déchanté ! On a vu que c’était bien plus compliqué que ça de convaincre les gens. Mais j’ai toujours gardé les mêmes idées révolutionnaires : changer la société, changer le monde. Seulement, aujourd’hui, une association comme Attac me convient mieux. Quand on est rentrés à Flins, on était d’abord révolutionnaires et syndicalistes, mais je suis devenue syndicaliste révolutionnaire : j’ai changé mon optique sur les partis révolutionnaires, ce n’est plus forcément un outil adapté.

Ce changement de perspective vous conduit à penser que c’est davantage par le syndicat qu’il faut agir ?

Non, ce n’est pas le syndicat qui fera la révolution. Mais le syndicalisme est indispensable dans les entreprises. Il faut s’organiser face au patron, déposer des revendications, faire un travail sur le terrain, sur les conditions de travail, la vie en général, l’évolution salariale, la santé, etc., tout en ayant une vision de transformation sociale du monde. On ne peut pas faire des grands discours sans travail concret. Pour l’instant, le seul outil est le syndicat, même si ce n’est pas parfait. Il peut y avoir, quand il le faut, des comités de lutte, d’action, mais ça ne dure pas. Il faut une organisation structurée, démocratique, qui analyse et propose des objectifs, des alternatives. Ce n’est pas seulement l’addition de plusieurs comités dans les entreprises qui va changer fondamentalement la donne. Aujourd’hui, on voit bien qu’avec les gilets jaunes, il n’y a pas de syndicat (même s’il y a des syndicalistes) et les gens s’organisent quand même. C’est un peu brouillon, au départ, mais au moins ils s’expriment et agissent. Pour la révolte, il n’y a pas besoin de syndicat, mais une fois que la révolte s’éteint il faut une organisation structurée. On appelle ça syndicat, fédération, autogestion, peu importe : il faut une organisation pour se défendre au quotidien.

Renault Flins, années 1970 (DR)

Dans les années 1980 la CFDT entame un tournant : abandon de toute référence anticapitaliste et autogestionnaire, alignement sur le « réformisme » social-démocrate. Comment cette évolution était perçue par la base ?

La particularité chez Renault Flins est qu’on était dans une CFDT assez à gauche et autogestionnaire. On retrouvait des gens d’extrême gauche, du Parti socialiste unifié (PSU), de l’Organisation communiste des travailleurs, de la Ligue Communiste, de Lutte ouvrière, d’anciens maoïstes… La section syndicale de Renault Flins faisait partie du syndicat de la métallurgie parisienne, qui était sur des bases autogestionnaires. Il y a eu assez longtemps une forte opposition dans la CFDT à cette nouvelle réorientation, portée par Edmond Maire puis Nicole Notat. La CFDT de Renault Flins a tenu jusqu’en 2015. Les anciens sont partis, il n’y a pas eu de transmission. Ils sont rentrés dans le rang, ils n’ont pas appelé à la grève contre la loi Travail en 2016. Il y a eu un rouleau-compresseur idéologique et médiatique pour dire qu’il fallait un syndicalisme à l’allemande ou à la nordique : que le syndicat soit une assurance — on paie une cotisation et, en échange, on a la certitude d’être défendu individuellement et d’avoir des avantages comme une mutuelle. Mais on voit bien que ça ne marche pas tant que ça parce qu’il n’y a pas la même histoire du syndicalisme en France et en Allemagne.

Un syndicat davantage vu comme un prestataire de services que comme un outil de lutte…

« Depuis 15 ans, on a eu plein de défaites : les retraites, la perte de droits, la précarité, l’intérim, la désindustrialisation. »

Tout à fait. Un syndicat de négociation, voire de cogestion. La CFDT a beaucoup de voix, mais ce n’est pas parce qu’on est majoritaire qu’on a raison. Ce type de syndicat ne marche pas si on veut se défendre et changer profondément les choses.

Mais, plus généralement, les syndicats ne sont-ils pas moins combatifs qu’avant ?

Je ne dirais pas que la combativité n’est plus là. Je suis à Solidaires : Sud est un syndicat très combatif mais minoritaire. À la CGT il y a plein de gens combatifs, mais il y a des directions syndicales qui ont le pouvoir. On met tout le monde dans le même panier mais il y a des différences, ne serait-ce que localement. La CFDT est passée de l’autre côté : elle est quasiment devenue le bras droit des patrons. L’origine de notre syndicalisme est celle du combat, de la remise en cause du capitalisme. C’était le sens de la Charte d’Amiens. Mais la combativité s’est aussi émoussée chez les salarié·e·s. Depuis 15 ans, on a eu plein de défaites : les retraites, la perte de droits, la précarité, l’intérim, la désindustrialisation. On a été déconstruits, il y a une grande souffrance. Mais les syndicats ne sont pas des magiciens, ils sont faits de salarié·e·s, de travailleurs et travailleuses. Les gens accusent le coup, on voit beaucoup de résignation qui se transforme en désespérance — burn-out, dépressions, suicides, maladies, cancers — et en grosse colère non maîtrisable. Les gros bastions économiques ont été démantelés avec la mondialisation libérale. Dans l’automobile, il y a moitié moins d’effectifs en France qu’il y a 20 ans. Les voitures sont fabriquées à l’étranger et c’est toujours la recherche du profit maximum des patrons : ils ont un pouvoir destructeur. La cause est là.

Photographie de bannière : usine de fabrication de chaussures, par Urban requiem (Flickr)

 

[1Système d’organisation d’horaires de travail qui consiste à faire tourner par roulement de huit heures consécutives deux équipes sur un même poste pour permettre un fonctionnement durant les 16 heures d’une journée.

[2La CFDT était née d’une scission de la CFTC en 1964.

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26 février 2019 2 26 /02 /février /2019 15:27
Comment Israël manipule la lutte contre l’antisémitisme
dimanche 17 février 2019 
par  Bertrand Heilbronn, Dominique Vidal 
popularité : 18%
 

Ce qui intéresse le gouvernement israélien et nombre de ses soutiens n’est pas le combat tout à fait justifié contre l’antisémitisme, comme le prouve le flirt de Benyamin Nétanyahou avec des forces d’extrême droite en Europe. Il s’agit avant tout de dévoyer ce combat pour discréditer la solidarité avec les Palestiniens, comme le prouve le débat sur la définition de l’antisémitisme.

Le 6 décembre 2018, le conseil Justice et affaires intérieures de l’Union européenne (UE) adoptait, sans débat, une déclaration sur la lutte contre l’antisémitisme et la protection des communautés juives en Europe. Louable intention, sauf que… l’article 2 de cette déclaration invite les États membres à adopter la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). Pendant la présidence autrichienne de l’UE, de juillet à décembre 2018, Israël et le puissant lobby pro-israélien se sont activés dans le plus grand secret et n’ont ménagé aucun effort pour obtenir ce résultat. Quelle est donc cette « définition IHRA » qu’Israël et ses soutiens inconditionnels veulent imposer ?

En 2015, au lendemain de l’offensive meurtrière israélienne contre la population de Gaza massivement condamnée par l’opinion mondiale, le lobby israélien relance une offensive avortée dans les années 2000, visant à promouvoir une définition de l’antisémitisme intégrant la critique d’Israël. Sa cible : l’IHRA, un organisme intergouvernemental regroupant 31 États, au sein duquel le lobby pro-israélien dispose d’un relais. En mai 2016, l’IHRA a adopté sa « définition » de l’antisémitisme :

L’antisémitisme est une certaine perception des juifs, qui peut s’exprimer par la haine envers les juifs. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme sont dirigées contre des personnes juives ou non-juives et/ou leur propriété, contre les institutions de la communauté juive ou les lieux religieux. (traduction de l’Association France-Palestine solidarité (AFPS)

Présentée comme « non contraignante sur le plan juridique », elle est parfaitement indigente, se bornant à préciser que l’antisémitisme « est une certaine perception des juifs, qui peut être exprimée comme de la haine envers les juifs ». Rien là pourtant d’innocent. Car le communiqué de presse de mai 2016 ajoute : « Pour guider l’IHRA dans son travail, les exemples suivants peuvent servir d’illustration. » Jamais adoptés par l’IHRA, lesdits exemples servent pour la plupart à assimiler la critique d’Israël à l’antisémitisme :

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26 février 2019 2 26 /02 /février /2019 15:25
Antisionisme, antisémitisme et idéologie coloniale
mardi 19 février 2019 
par  Alain Gresh 
popularité : 33%
 

Dans le débat qui agite la France autour de l’antisémitisme, deux dimensions sont souvent absentes : le fait que, durant la première moitié du XXe siècle, la grande majorité des juifs était hostile au sionisme (étaient-ils aussi antisémites ?) ; que la caractéristique principale de ce mouvement était de s’inscrire dans une logique coloniale de conquête et de peuplement. Extraits du livre d’Alain Gresh, Israël-Palestine, vérités sur un conflit (Fayard, 2017).

Le sionisme n’a été que l’une des réponses possibles, longtemps très minoritaire, à la « question juive ». Durant la fin du XIXe siècle et avant la première guerre mondiale, la grande majorité des juifs d’Europe centrale et de Russie « vote avec ses pieds », en émigrant massivement à l’ouest, et notamment aux États-Unis, la Terre promise de tant de laissés-pour-compte… D’autres, nombreux, font le pari de l’intégration. À partir de 1880, et malgré l’antisémitisme, le nombre de mariages mixtes chez les juifs allemands ne cesse d’augmenter : entre 1901 et 1929, la proportion passe de 16,9 à 59 %. En France aussi, cette « assimilation » s’accélère. La participation active des juifs aux mouvements révolutionnaires transnationaux, notamment socialistes et communistes, qui prônent la fraternité universelle, peut être considérée comme une autre de leurs répliques aux discriminations dont ils sont l’objet. Quant aux religieux, ils rejettent pour la plupart le sionisme : l’État juif ne peut renaître et le Temple ne peut être relevé qu’avec la venue du Messie.

LES RÉTICENCES D’ALBERT EINSTEIN

Le sionisme n’est pas le seul mouvement organisé spécifique des juifs de l’Est. En 1897 est créé le Bund, l’Union générale des ouvriers juifs de Lituanie, Pologne et Russie. Il concurrencera le sionisme jusque dans les années 1930. Il se veut nationaliste et socialiste, se fonde sur des principes de classe, prône le yiddish comme langue nationale et une autonomie politico-culturelle conforme aux thèses de ceux que l’on appelle les « austro-marxistes ». Les bundistes appellent à l’émancipation « sur place » des masses juives, répétant : « Les palmiers et les vignobles de Palestine me sont étrangers. » Ils prêchent la solidarité des ouvriers juifs avec la classe ouvrière internationale et opposent le patriotisme de la galout (l’« exil ») au patriotisme sioniste. Tombé dans l’oubli, ce mouvement signera des pages glorieuses de l’histoire de l’Europe centrale, notamment par son rôle dans l’insurrection du ghetto de Varsovie en 1943. Il sera finalement écrasé en Pologne par les nazis et en Union soviétique par les communistes, dont les positions sur la « question juive » fluctueront au gré des événements et des retournements de doctrine. Pour concurrencer le sionisme, l’URSS va jusqu’à concevoir une république autonome juive, le Birobidjan, à l’extrémité orientale de la Sibérie.

La création de l’État d’Israël consacre la victoire du mouvement sioniste, victoire qu’ont rendue possible l’antisémitisme hitlérien et le génocide. Cet État regroupe une proportion croissante des juifs du monde – quelle que soit la définition que l’on donne à ce terme –, mais inférieure à 40 %. Des centaines de milliers d’entre eux ont préféré l’intégration, aux États-Unis ou en Europe, même si Israël réussit désormais à en mobiliser une fraction importante en faveur de ses options. Ils se sentent, à juste titre, davantage en sécurité à New York ou à Paris qu’à Tel-Aviv ou à Jérusalem. Faut-il se réjouir du triomphe de ce nationalisme étroit, autour d’un État ? Bien que sioniste, Albert Einstein exprimait ses inquiétudes : « La manière dont je conçois la nature essentielle du judaïsme résiste à l’idée d’un État juif, avec des frontières, une armée et une certaine mesure de pouvoir temporel, quelque modeste qu’il soit. J’ai peur des dégâts internes que cela entraînera sur le judaïsme — et surtout du développement d’un nationalisme étroit dans nos propres rangs […]. Un retour à une nation, au sens politique du terme, équivaudrait à se détourner de la spiritualité de notre communauté, spiritualité à laquelle nous devons le génie de nos prophètes. »

« Le sionisme n’est pas le corollaire obligatoire, fatal, de la persistance d’une identité juive, remarque Maxime Rodinson ; ce n’est qu’une option. » Et cette option est critiquable, non seulement comme toute idéologie nationaliste, mais aussi parce que son aboutissement — la création d’un État juif — n’était possible que par la dépossession des Palestiniens. Le sionisme s’est pleinement inscrit — et ce fut l’une des conditions majeures de sa victoire — dans l’aventure coloniale. Ce fut et cela reste sa principale faute.

RIEN DE COMMUN AVEC CE QUE L’ON APPELLE « L’ORIENT »

Le dévouement ou l’idéalisme de nombre de militants sionistes n’est pas en cause. Un jeune juif débarqué sur la Terre promise en 1926 pouvait écrire : « Je peux être fier car depuis un an que je suis en Palestine, je me suis débarrassé de la gangue d’impureté de la diaspora et je me suis purifié du mieux possible. Je voulais une patrie. Être un homme comme les autres, égal aux autres, fier comme eux d’être en Palestine. Dès l’instant où mes pieds ont foulé la terre de mes ancêtres, j’ai rompu tout lien avec l’Europe et l’Amérique. » Il changea de nom, se fit appeler Chaïm Shalom et déclara : « Je suis hébreu et mon nom est hébreu car je suis issu du pays des Hébreux. »

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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 13:20

 

POUR UN ACCUEIL DIGNE ET SOLIDAIRE DES EXILÉS

En janvier 2019 ce sont 2000 enfants, femmes et hommes qui survivent dans les campements du nord-est parisien (10e, 18e et 19e arrondissements). L’État français, par la voix du Préfet, refuse d’assurer sa mission de mise à l’abri inconditionnelle de toutes et de tous.

En Méditerranée c’est par centaines que se noient les migrants que rejettent tous les États : aucune intervention de notre gouvernement pour redonner un pavillon français à l’Aquarius pour venir en aide aux migrants et, depuis fin décembre, mise à quai forcée également pour le navire Albrecht Penck ; et, de façon éhontée, des palabres sans fin entre les pays européens quand il s’agissait d’accueillir moins de 50 personnes sauvées des eaux.

En France c’est une levée de boucliers de la part des droites  concernant le Pacte de Marrakech, reposant sur une lecture erronée et  injustifiée (lire au dos).

D’autant que l’Europe est loin d’être le continent le plus accueillant : la majorité des 258 millions de migrants internationaux réside dans un État proche de leur région de naissance. Par exemple près de 53% des 36 millions d’Africains qui ont quitté leur pays en 2017 sont restés sur leur continent.

Nous sommes face à des discours xénophobes ainsi qu’à l’utilisation politicienne de la question de l’immigration. Ceci aboutit  à la stigmatisation et à l’exclusion d’une partie de la population et à amplifier la fragmentation  de la société française.

Depuis plusieurs années nous nous sommes constitués en Collectif pour défendre les solidarités et la démocratie.

Nous voulons faire de la France un pays accueillant et solidaire.

Nous rappelons que la France, puissance mondiale, a les moyens d’accueillir dignement toutes celles et tous ceux que les guerres ou les crises économiques et climatiques poussent à fuir leur pays.

Nous refusons la criminalisation de la solidarité.

Nous rappelons que le 10e a toujours eu cette vocation d’accueil.

En 2018, dans notre arrondissement, nous avons lutté contre la Loi Asile et Immigration portée à l’Assemblée Nationale par la députée LREM de la circonscription et avons en particulier :

  • organisé une réunion publique le 25 mai,
  • participé à la marche solidaire du 17 juin : sur notre proposition, la Maire du 10e a accueilli des représentants de la marche en Mairie,
  • déposé une question à nos élus au Conseil d’arrondissement du 18 juin.

 

Aujourd’hui, face aux choix politiques du gouvernement qui restreignent le droit d’asile, il est nécessaire de poursuivre laction.

C’est pourquoi nous invitons toutes et tous les habitant-e-s du 10e
à renforcer le combat contre le racisme et les discriminations
pour porter les valeurs de solidarité, d’accueil et d’égalité dans notre arrondissement.

 

Le Collectif de mobilisation du 10e  vous invite à participer à une réunion/débat/concert*
à partir de 19h le mercredi 24 avril 2019
à la Scène du Canal
116 quai de Jemmapes 75010 Paris

*Organisée dans le cadre de la 10e édition de la Petite Istanbul en Fête

Le Collectif de mobilisation du 10e pour un accueil digne et solidaire des exilés regroupe des habitant-es  et  les organisations du 10e:

Assemblée Citoyenne des ORiginaires de Turquie (L’ACORT)
Association Culturelles des Travailleurs Immigrés de Turquie (ACTIT)
Association des Tunisiens en France (ATF)
Association Elle tourne la page
Association Robert Desnos
ATTAC Paris Centre
Comité Solidarité Migrant Paris Centre (CSMPC)
Ensemble !
Espace Fârâbî
Ensemble, nous sommes le 10e
Espace Universel
Europe Ecologie Les Verts (EELV)
LDH Paris 10-11,
Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié des Peuples ( MRAP Paris)
Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA)
Parti Communiste Français (PCF)
Parti Communiste  des Ouvriers de France (PCOF)
Parti Socialiste (PS 10e )
UL CGT 10
Union Culturelle Française des Arméniens de France ( UCFAF)
Ville Mains Jardins
Pour nous rejoindre:
Email: collectifmobilisation10e@gmail.com

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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 13:09
 
Du bon usage de l’antisémitisme en politique
Il y aurait une certaine incongruité à vouloir légiférer sur l'antisionisme, alors et surtout que personne ne songe à incriminer ceux et celles, en Israël comme en France, y compris dans la représentation nationale, qui contestent le droit des Palestiniens à avoir leur Etat, voire vont jusqu’à nier leur existence !

Bien sûr que les insultes essuyées par Alain Finkielkraut relèvent d’une parole antisémite déguisée. A l’évidence, le mot sionisme n’est ici que le cache sexe de l’antisémitisme. Et rien ne peut relativiser cette réalité. Même pas l’ire réactionnaire d’un académicien qui rêve d’un pays fantasmé et propriété des élites, surtout pas le double discours d’un opposant à la colonisation et au gouvernement actuel d’Israël dont la voix ne se fait entendre que lorsqu’il s’agit de défendre Israël, pas plus lorsqu’il s’agit de pointer les incohérences énervées d’un intellectuel qui en 2002 évoquait le souvenir de « la nuit de Cristal » à propos des actes antisémites en France ou, en 2005, à propos de la révolte des banlieues, les « pogroms antirépublicains », pour finir par exprimer sa peur de « l’immigration de peuplement » et du « grand remplacement ».

Qu’Alain Finkielkraut attire et attise la haine ne saurait justifier ni cette haine, ni sa nature raciste et antisémite. C’est la raison pour laquelle, avant de prendre en considération ce qui peut déplaire dans le personnage, les insultes qu’il a supportées impliquent une condamnation sans réserve car, au-delà de l’individu qu’elles atteignent, il s’agit là d’une agression contre le fondement de tout contrat social.

Est-ce une raison pour faire de ceux et celles qui se proclament antisionistes des délinquants ? C’est pourtant ce que souhaitent, paraît-il, une trentaine de députés se sentant, sans doute, soutenus par un président de la République qui a cru bon d’abonder en ce sens et d’introniser Benjamin Netanyahou comme représentant des juifs du monde entier.

Il est vrai que la Cour de cassation a déjà cru bon d’assimiler l’appel au boycott des produits israéliens à une manifestation d’antisémitisme. On attend avec impatience ce que dira la Cour européenne des droits de l’Homme d’une interprétation si extensive du droit pénal français et si restrictive de la liberté d’expression.

Je ne suis pas de ceux et celles qui délégitiment l’existence de l’Etat d’Israël. On peut gloser à l’infini sur les raisons qui ont amené à sa création, sur la catastrophe qu’a représentée cette création pour les habitants chrétiens et musulmans de la Palestine (sauf à nier l’évidence…), etc. Le débat historique n’a d’intérêt qu’en ce qu’il redresse certains mythes (les Palestiniens n’existent pas et sont partis d’eux-mêmes, il n’y avait pas de juifs en Palestine, par exemple) mais il ne résout en rien la contradiction qui perdure depuis plus de 100 ans et qui s’exprime aujourd’hui autour d’une réalité simple et cruelle : une nation occupante d’une nation occupée et colonisée.

C’est pourquoi, j’ai du mal à m’identifier à un débat qui mêlerait anti ou pro sioniste et pro ou anti Palestinien. La seule question qui vaille c’est celle du droit, du droit d’Israël à exister et du droit du peuple palestinien à avoir son Etat. Or, à ce jour, c’est bien la deuxième partie de la proposition qui est niée : ce n’est pas l’existence d’Israël qui est menacée par les Palestiniens, c’est le droit des palestiniens à exister qui leur est refusé par une puissance occupante qui bénéficie d’appuis qui vont de la caution active, j’évoque ici les USA, à une lâche complicité, j’évoque ici l’Union européenne, y compris la France.

Il y aurait donc une certaine incongruité à vouloir légiférer à ce propos alors et surtout que personne ne songe à incriminer ceux et celles, en Israël comme en France, y compris dans la représentation nationale, qui contestent le droit des Palestiniens à avoir leur Etat voire vont jusqu’à nier leur existence !

Renvoyer le débat politique au juge, en deçà des limites qui mettent en cause les principes essentiels, n’a jamais rien produit d’autres qu’une restriction aux règles démocratiques au mieux et une radicalisation mortifère au pire.

Déjà injustifiable, cette criminalisation du débat autour d’Israël et du sionisme est totalement contreproductive au regard des objectifs que lui assignent ses soutiens.

Dire que l’antisionisme ne recouvre pas, chez certains, une manifestation d’antisémitisme serait scandaleusement stupide. La défense des droits des Palestiniens a servi de cache-sexe à bien des pouvoirs et à bien des manipulations. Des régimes arabes qui mobilisent les foules sur ce thème pour éviter qu’elles se préoccupent de leur propre sort, aux pseudos idéologues en même temps qu’antisémites avérés comme Soral et consorts, les Palestiniens ont subi plus qu’à raison cette instrumentalisation. Qu’il faille lutter contre cela, nul n’en disconvient et le code pénal contient suffisamment de dispositions pour condamner quiconque s’aventure sur ce terrain.

Aller au-delà ne permettra que d’interdire toute critique de la politique des gouvernements israéliens.

C’est bien l’objectif recherché dans la tentative de l’IHRA[1] de faire adopter une définition normative de l’antisémitisme. Outre la pauvreté intellectuelle que recèle le texte proposé, ce sont les exemples, en particulier l’un d’entre eux, qui éclairent l’assimilation des critiques que supportent la politique israélienne à de l’antisémitisme. Cette proposition de définition est, en effet, assortie d’exemples de manifestations d’antisémitisme dont celle-ci : « Appliquer deux poids, deux mesures en imposant à celui-ci [l’Etat d’Israël] un comportement non attendu ni exigé de la part d'un autre pays démocratique. »

On ne peut dire plus clairement que ce qui est ainsi recherché c’est l’absolution et l’impunité de la politique israélienne.

Cette tentative, soutenue par le ban et l’arrière-ban des organisations communautaires juives, comme la volonté de criminaliser le discours antisioniste, ne serviront nullement à combattre l’antisémitisme mais, tout au contraire, à le renforcer. En assimilant une manifestation de racisme intolérable à une critique fût-elle radicale, d’Israël et de sa politique, ce sont tous les juifs qu’on assimile ainsi aux errements de celle-ci et, particulièrement, à ce qu’elle conduit à faire subir au peuple palestinien.

Si l’on voulait tirer un trait d’union entre juifs français ou d’autre nationalités et le discours raciste et les pratiques déshumanisantes des autorités israéliennes, on ne s’y prendrait pas autrement.

C’est le chemin que s’apprêtent à emprunter ceux et celles qui caressent l’idée d’introduire la dimension de l’antisémitisme dans la critique des gouvernements israéliens.

C’est le chemin qu’a déjà emprunté le président de la République en invitant Benjamin Netanyahou à la cérémonie du Vel d’Hiv et en y recourant à ce même syllogisme.

Lequel Netanyahou s’est empressé de remercier Emmanuel Macron en réunissant à Jérusalem ce quarteron de gouvernements autoritaires et plus ou moins antisémites du groupe de Visegrad.

Non, critiquer la politique israélienne, réclamer l’application de sanctions devant le refus permanent des autorités israéliennes de respecter le droit international, exiger que les produits israéliens qui arrivent sur nos tables et dans nos magasins ne soient pas issus des colonies, tenter de faire juger les généraux israéliens coupables de crimes de guerre, dénoncer la discrimination dont sont victimes les hommes et femmes d’Israël qui ne sont pas juifs, tout cela n’a rien à voir avec l’antisémitisme.

Cela concerne l’idée qu’il n’y a qu’une seule humanité soumise aux mêmes règles.

 

Michel Tubiana, Président d’honneur de la LDH

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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 13:06
Antisémitisme.

Dans un discours prononcé lors du dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), ce mercredi soir à Paris, Emmanuel Macron a fait plusieurs annonces pour lutter contre l'antisémitisme :

- Le chef de l'Etat a notamment annoncé que la France allait adopter dans ses textes de référence une définition de l'antisémitisme élargie à l'antisionisme. «L'antisionisme est une des formes modernes de l'antisémitisme», a-t-il déclaré.

- La députée LREM Laëtitia Avia va déposer une proposition de loi pour lutter contre la haine sur internet «dès le mois de mai», a-t-il également fait savoir.

- Sera aussi lancé un «audit» des établissements scolaires touchés par la «déscolarisation» des enfants de confession juive. Déplorant que des élèves de certains quartiers soient «trop souvent» obligés de «quitter l'école publique», le président de la République a chargé son ministre de l'Education d'évaluer ce phénomène pour que l'école joue à plein «son rôle de rempart républicain».

- Il a enfin a demandé la dissolution d'«associations ou groupements» racistes ou antisémites, à commencer par les organisations d'extrême droite Bastion social, Blood and Honour Hexagone et Combat 18.

- «Depuis plusieurs années, et la situation s'est encore aggravée ces dernières semaines, notre pays - comme d'ailleurs l'ensemble de l'Europe et la quasi-totalité des démocraties occidentales - est confronté à une résurgence de l'antisémitisme sans doute inédite depuis la Seconde guerre mondiale», a également déploré Macron, ajoutant qu'«à nouveau, depuis plusieurs années, l'antisémitisme tue en France». (Photo AFP)

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19 février 2019 2 19 /02 /février /2019 11:44
Contre les actes antisémites, contre leur instrumentalisation, pour le combat contre toutes les formes de racisme 
Nous soussignés associations, partis, syndicats, indépendants, sommes toutes et tous activement impliqués dans la lutte contre le racisme sous toutes ses formes. La lutte contre l'antisémitisme fait partie à part entière de notre combat antiraciste. Nous condamnons fermement les actes antisémites, qui surgissent dans un contexte social et politique particuliers.
Malgré l'ampleur du dispositif de répression policière et judiciaire déployé contre les Gilets jaunes par l'État, le mouvement continue de bénéficier d'un fort soutien populaire. Il n’est pas homogène et révèle une effervescence sociale. Face à un gouvernement déterminé à ne pas répondre aux attentes sociales, il reflète la société française et ses contradictions et a largement évolué dans ce qu’il porte depuis le mois de novembre.
La séquence que nous vivons est par conséquent confuse. Si des éléments d'extrême-droite sont encore présents, le mouvement montre bien qu'ils sont loin d'être hégémoniques et capables d'en prendre le contrôle, en l'état actuel. Politiquement, mais aussi physiquement, les groupes d'extrême-droite sont mis à l'écart, comme cela a pu être constaté à Lyon, Paris, Toulouse ou encore Bordeaux. Plus le mouvement perdure, plus l'espace auquel l'extrême-droite pouvait prétendre durant les premières semaines semble se rétrécir. Parallèlement, les contacts et convergences avec des syndicats, des collectifs antiracistes, de sans-papiers, de soutien aux migrants se renforcent.
Les tags antisémites du week-end du 9 Février comme la dégradation du lieu de mémoire d'Ilan Halimi s’inscrivent dans le contexte de cette période de brouillage politique et informatif. Une période qui favorise la résurgence d’un racisme identitaire rappelant celui de l’entre-deux guerres. Ces actes antisémites portent bien la signature idéologique de l'extrême-droite nostalgique du nazisme (croix gammés, croix celtiques, « juden » etc.). Ils témoignent de la progression de la dialectique d'extrême droite à l'échelle nationale et planétaire dans un contexte d'aggravation des inégalités sociales. Or le gouvernement et ses alliés ont choisi d’instrumentaliser ces actes contre les Gilets jaunes, dénonçant leur supposée violence, antiparlementarisme et antisémitisme.
Pourtant, c'est bien ce gouvernement qui, récemment, entreprenait de réhabiliter le Maréchal Pétain, chef du régime collaborationniste de Vichy. C'est bien cette même classe politique qui trouvait si peu à redire des hommages rendus à Maurras ou à Céline, écrivains violemment antisémites. L'antisémitisme est une affaire bien trop grave pour la laisser à celles et ceux qui, jour après jour, s'emploient à stigmatiser et à réprimer les minorités. Le sommet du cynisme est atteint lorsque, déjà, nous pouvons percevoir le glissement dangereux consistant à attribuer la montée de l'antisémitisme au « communautarisme musulman », comme n'a pas manqué de s'y adonner un Eric Ciotti hélas pas isolé. Le racisme structurel n'est ni le fait des Gilets jaunes, ni le fait des minorités. Il est celui de l'État qui organise une société inégalitaire et violente. 
Nous n’acceptons pas la manipulation dégradante de la lutte antiraciste par tous ceux qui, le plus souvent, ont favorisé le racisme. Nous luttons contre le racisme sous toutes ses formes, nous n'oublions pas non plus tous les actes racistes et toutes les violences policières islamophobes, négrophobes, rromophobes, visant les asiatiques, les personnes LGBT. Ce que disent les chiffres depuis des années tient en une phrase : le racisme avance en France et en Europe. Nous ne manifesterons pas ni ne participerons à la grand-messe organisée par les forces et partis politiques, ceux qui se disent progressistes avec ceux qui s'inscrivent contre le mouvement social, et qui affirment ensemble : « le racisme, ce n'est pas la France. » Cet « antiracisme », vidé de sens social et politique, est celui des pompiers pyromanes. L'antiracisme que nous revendiquons reconnaît la responsabilité politique du gouvernement français et des forces politiques alliées qui défileront avec lui. Manifester contre le racisme avec ceux qui, LREM en tête, en sont responsables et l’instrumentalisent relève pour nous de la contradiction et de la faute politique. Nous affirmons que cela ne peut être que contre-productif.
Nous ne nous laisserons pas prendre en otage entre les instrumentalisations du gouvernement ou celles des officines et ambassades poursuivant un agenda n'ayant rien à voir avec le combat contre le racisme et l'antisémitisme. Notre refus de la haine antisémite comme de toutes les haines raciales nous l’exprimerons sur un terrain dégagé de tout ce qui produit et entretient ces haines. Le mouvement anti-raciste ne servira pas de caution pour salir les Gilets jaunes. La période est dangereuse nous en sommes conscients, et une sortie de crise qui se contenterait de rétablir l’ordre, serait porteuse de conversion à la haine raciale et au fascisme. Les mobilisations exigent des réponses sociales et démocratiques. La responsabilité gouvernementale est totalement engagée.
Nous appelons à manifester contre les actes antisémites, contre leur instrumentalisation, contre le racisme sous toutes ses formes :
Mardi 19 février à 19h
Place Ménilmontant Paris 75020, (M° Ménilmontant)
Premiers signataires : UJFP, PIR, Collectif Rosa Parks, ATMF, FTCR, Femmes plurielles, Fondation Frantz Fanon, AFPS 63, AFPS Paris 14-6, AFPS Paris Sud, Action Antifasciste Paris-Banlieue, FUIQP, Argenteuil Solidarité Palestine, Comité Adama, CEDETIM/IPAM, AFD International, Urgence notre police assassine (UNPA), NPA, Le temps des lilas, Réseau Euro-Maghrébin Citoyenneté et Culture-REMCC, Brigade anti-négrophobie (BAN), Collectif La Chapelle Debout, FASTI, CRLDHT, UTAC, ATF, IDD, Association des Familles des Disparus et Prisonniers Sahraouis, Montreuil Palestine, Campagne BDS France, Marche des solidarités, Rassemblement Communiste, AMDH Paris/IdF

 

Personnalités : Ivar Ekeland (mathématicien), Ahmed Abbes (mathématicien), Sonia Dayan-Herzbrun (sociologue), Stathis Kouvelakis (philosophe), Julien Thery (historien), Maryse Tripier (sociologue), Véronique Bontemps (anthropologue), Gustave Massiah (économiste), Catherine Samary (économiste), Judith Bernard (metteure en scène), Dominique Grange (artiste chanteuse), Alain Gresh (journaliste), François Gèze (éditeur), Barbara Glowczewsky (anthropologue), Geneviève Sellier (professeur emerite), Patrick Simon (démographe), Nicolas Frize (compositeur), Yves Chilliard (biologiste), Michel Harris (mathématicien), Taoufiq Tahani (mathématicien, président d'honneur de l'AFPS), Ugo Palheta (sociologue et membre du NPA), Laurent Lévy (essayiste), Saïd Bouamama (sociologue, militant du FUIQP), Kader Attia (écrivain), Isabelle Cambourakis (éditrice), Alima Boumediene Thiery (avocate), Dominique Vidal (historien et journaliste), Olivier Le Cour Grandmaison (universitaire), Didier Epsztajn (animateur du blog « entre les lignes entre les mots »), Patrick Silberstein (mèdecin et éditeur), Alain Cyroulnik (éducateur syndicaliste), Philippe Cyroulnik (critique d'art), Bernard Dreano (militant associatif), Thierry Labica (études britanniques), Marie Hélène Bacqué (sociologue), Rony Brauman (médecin et enseignant), Hubert Krivine (physicien), Ron Naiweld (historien), Daniel Mermet (journaliste), Irène Jami (professeure d'histoire), Alain Bertho (anthropologue), Armelle Andro (démographe), Michel Maric (économiste), Julien Talpin (sociologue), Toni Negri (philosophe), Nacira Guénif (sociologue), Alexis Cukier (philosophe), Michelle Guerci (journaliste), Fabien Marcot (graphiste), Michaël Löwy (sociologue), Eric Hazan (éditeur), Eyal Sivan (cinéaste et professeur AHK), Christine Delphy (sociologue et militante féministe), José Luis Moraguès (psychologie clinique et psychopathologie, militant antiraciste ), Simone Bitton (cinéaste), Philippe Poutou (porte parole du NPA), Christine Poupin (porte parole du NPA), Olivier Besancenot (porte parole du NPA), Louis Weber (éditeur), Isabelle Garo (philosophe), Anne Jollet (historienne), François Burgat (politologue), Noé le Blanc (professeur lycée Paul Eluard de Saint-Denis), Eleni Varikas (professeure emérite), Noureddine Senoussi (président REMCC), Pierre Tripier (sociologue), Farid Bennaï (éducateur spécialisé, FUIQP), Christian Delarue (altermondialiste), Monira Mouhoun (enseignante, militante BDS Saint-Etienne), Gérard Bras (philosophe), Annick Coupe (secrétaire générale d'ATTAC), Aicha Knis (éducatrice et militante BDS), Julien Grivaux (mathématicien), Youssef Seddik (anthropologue)

 

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19 février 2019 2 19 /02 /février /2019 10:51
Communiqué de l'UJFP
Nous sommes juifs et nous sommes antisionistes
 
Nous sommes juifs, héritiers d’une longue période où la grande majorité des Juifs ont estimé que leur émancipation comme minorité opprimée, passait par l’émancipation de toute l’humanité.
Nous sommes antisionistes parce que nous refusons la séparation des Juifs du reste de l’humanité.
Nous sommes antisionistes parce la Nakba, le nettoyage ethnique prémédité de la majorité des Palestiniens en 1948-49 est un crime qu’il faut réparer.
Nous sommes antisionistes parce que nous sommes anticolonialistes.
Nous sommes antisionistes par ce que nous sommes antiracistes et parce que nous refusons l’apartheid qui vient d’être officialisé en Israël.
Nous sommes antisionistes parce que nous défendons partout le « vivre ensemble dans l’égalité des droits ».
Au moment où ceux qui défendent inconditionnellement la politique israélienne malgré l’occupation, la colonisation, le blocus de Gaza, les enfants arrêtés, les emprisonnements massifs, la torture officialisée dans la loi …
préparent une loi liberticide assimilant l’antisémitisme qui est notre histoire intime à l’antisionisme, 
 
 
Nous ne nous tairons pas.
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